Voyage à Compostelle : L’euphorie

De retour au Canada, je prend le temps de faire le point sur mon périple solo de 13 jours à vélo en plein cœur de la campagne espagnole. Tout a commencé avec l’idée d’un voyage fou, presque irréalisable et c’est finalement conclu par des révélations inattendues.

Avant de partir !

Pour commencez, sachez que je n’ai aucun entraînement préalable et que la dernière fois où j’ai enfourché un vélo c’était plusieurs mois auparavant (l’été passé) et que mon record est de 220 kilomètres en deux jours sur un terrain assez plat. Donc, je suis loin d’avoir toutes les chances de mon côté. Toutefois, même si le doute, fort de sa présence, ne me laisse aucunement croire possible l’achèvement de mon défi, j’ai tout de même mit pied au pédalier avec une solide assurance (même si je ne veux pas l’avouer, c’est ce qu’on appel de la « folie »).

Concernant le trajet, on parle de plus 1000 kilomètres traversant 7 provinces espagnoles ! De nombreux dénivelés allant jusqu’à plus de 1400 mètres, des vallées dénudées de tout arbres me protégeant du vent et un pays dont je connais très peu (ceci inclut mon Espagnol très approximatif, que dis-je, « rudimentaire »). Une chance que je n’ai pas oublié d’apporter ma naïveté puisqu’elle me permet de ne pas réaliser à quel point je manque de préparations.

Avant même de monter en selle, plusieurs personnes m’ont avertit que le chemin de Compostelle était une épreuve autant physique que psychologique et que je ne dois en aucun cas sous-estimé l’étendue de l’épreuve que je m’apprête à affronter. Toutefois, vous vous douterez surement que je n’avais pas réellement compris cette réalité avant d’y être totalement submergée. C’est alors que le voyage commence !

Let’s go ! C’est parti !

Au départ de St-Jean-Pied-de-Port en France, je suis à la fois solide comme un roc et naïf comme un enfant. Je suis, étonnamment, prêt à affronter ma journée, sans même savoir ce qu’elle me réserve. La destination : Roncesvalles ! Seulement 26 kilomètres me séparent de ce premier objectif, la journée la plus courte (en distance) de tout l’itinéraire. Et bien … la plus courte certes … mais surement la plus difficile. C’est à ce moment que je commence à réaliser l’ampleur du défi, alors que la douleur se manifeste petit à petit.

À pied ou à vélo, les pèlerins s’entendent pour dire que le pire c’est les 4 à 5 premiers jours. Là où le corps se renforce et s’adapte l’esprit.

Mit à rude épreuve

Après plusieurs kilomètres, le corps ne fait pas dans la dentelle et réagit agressivement au trauma de l’effort hors du commun que je lui fais subir. Néanmoins, malgré la douleur et l’épuisement, je me découvre une motivation qui, jusque là, m’était inconnue. Une motivation que je désire qu’à moitié. Certes qu’elle est nécessaire pour atteindre mon but, mais cette dernière m’oblige à continuer contre mon gré.

Étrange, en effet !

C’est comme si le corps continuait par habitude, ne sachant plus comment arrêter ou aillant peur de réveiller le plus gros de la douleur que l’effort réussit encore à tenir au loin. À quelques reprises, je me suis même surpris à me maudire, moi et mes plans totalement cinglés, à me questionner sur la faisabilité de mon voyage, entrevoir même mon possible abandon.

panorama-compostelle

 

L’euphorie

C’est en poussant mon corps au-delà de ses limites, les muscles endolories par l’effort et la quasi absence de repos que je suis envahis par une succession de sensations inattendues. C’est d’autant plus surprenant pour un inconnu, tel que moi, des épreuves physiques aussi longues et intenses. J’en suis encore sans voix…

Donc, après des heures entières à me pousser à bout, lorsque la pause tant méritée apparaît à l’horizon, mon corps entier se crispe m’empêchant de me punir davantage. Mes articulations, mes nerds, mes ligaments et mes muscles s’unissent de concerts pour me crier leurs détresses. Et puis, après un bref instant qui pourtant parait si long, je remarque à quels points l’effort a été considérable et que le prix payé est bien plus grand qu’imaginé. Toutefois, malgré les crampes qui me lacères les membres, je suis tout-à-coup submergé par quelques choses de plus intense encore.

Tout commence par de douces caresses légèrement chaudes parcourant ma peau avec délicatesse, frissonnant jusqu’aux os, mais sans douleur ni inconfort, au contraire c’est enivrant. Vous en demandez plus, une véritable drogue, les frissons remontes par vague jusqu’au sommet de votre crâne, les poils et les cheveux se hérissent, le cœur prend une pause et l’esprit en fait autant. C’est alors que le contrôle n’est plus et les larmes sont inévitables. Et bien … c’est ce moment, celui tant attendu, le plus beau de tous lorsque vous réalisez que vous n’avez pas seulement dépassé vos limites, vos peurs

, mais vous à réalisez l’impossible, vous avez atteint le but auquel vous ne pouviez que rêver.

Le plus cher à mes yeux est de réussir à concrétiser ce dont j’ai toujours cru impossible

Euphorie ? Sérénité ? Jubilation ? Épuisement extrême ? En fait, je n’ai trouvé aucun mot encore qui pourrait convenir … Et pourtant j’essaie de mettre le doigt sur une définition juste et précise depuis plusieurs semaines. C’est pour ça que j’aime croire qu’il n’y en à pas. Lorsque vous aussi vous vivrez quelque chose de la sorte, vous le saurez. Il faut le vivre pour le comprendre. Ne vous posez pas de question et vivement, laissez vous aller, sans retenu.

Il s’agit de mon premier voyage solo, hors du continent, à vélo et sans aide extérieur. Au total, j’ai parcouru la France

, l’Espagne, le Portugal et le Maroc en 9 semaines. C’est la preuve que je suis prêt à aller plus loin la prochaine fois.

Avez-vous déjà vécu quelque chose de la sorte ?

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